Serial killer

  • LNA
  • Orange
  • 2007
  • Paris

Ayant été exposée au harcèlement institutionnel mis en place par France Télécom, j'ai décidé de me porter partie civile.
J'ai subi, comme l'ensemble de mes collègues, des pressions pour partir de l'entreprise.
Nombre de mes collègues, majoritairement des femmes, ne voyant plus aucune perspective dans l'entreprise, sont parties vers le trésor public, la justice, le ministère de la justice, la DDE, le ministère du travail, l'ARS, La Grande Bibliothèque, des préfectures, l'hôpital Georges Pompidou...
Pour ma part, ma situation familiale, le fait d'être à temps partiel que je tenais à conserver, avec un temps de transport plus que raisonnable en région parisienne, m'ont dissuadée d'effectuer d'autres démarches, après une candidature, largement forcée mais qui n'a pas abouti, de mobilité vers le ministère de l'économie.
J'ai subi, à France Télécom, de nombreux bouleversements et un sentiment d'instabilité permanente, au fil des fusions des ex agences commerciales parisiennes, dans le cadre d'un déménagement et également plusieurs déménagements d'étage, sur un même site, du regroupement du marché des résidentiels et des professionnels..
Je travaillais au service Réclamations, où une cadre avait été nommée, entre les responsables d'équipes et le responsable de département, visiblement pour donner un tour de vis.
On nous a imposé l'utilisation de courriers types, sans plus de possibilité de personnaliser nos réponses. Ces courriers commençaient par une phrase où on remerciait le client de nous adresser une réclamation. En somme, on le remerciait de nous engueuler.
Les réclamations affluaient suite aux ventes forcées qui étaient légion, sous la pression des chiffres.
Puis, les courriers ont été bannis. Il fallait faire uniquement de la réponse téléphonique.
A un moment donné, la base de réclamations a été vidée et des tas de réclamations détruites, sans traitement, tellement le service était enfoncé.
Des ordres contradictoires nous été donnés, une double saisie dans deux applications, mais avec des consignes différentes, nous était imposée.
Le travail n'avait plus de sens.
On nous demandait d'annuler des montants facturés mais sans faire de recherche et sans donner d'explication aux clients, qui, bien entendu, réclamaient de nouveau si les facturations qui leur paraissaient indues continuaient, et alors qu'on faisait des recherches approfondies mais justifiées avant et qui permettaient de traiter correctement les dossiers et d'apporter une réponse aux clients.
Il ne fallait pas faire de "la surqualité".
Je me souviens d'un incident impliquant un collègue qui avait décroché un extincteur et failli l'utiliser contre une responsable d'équipe.
Un collègue d'un autre service, poussé à bout, a été mis à pied car il avait dit "il y a de quoi prendre un flingue", ce qui avait été interprété comme une menace.
J'ai moi-même réagi vivement après un énième rappel, par ma responsable, pour appliquer une consigne stupide.
Cela m'a valu une demande d'explication, avec insistance pour que je réponde immédiatement, malgré le délai légal dont je disposais. J'ai supposé que mon argumentation pointant les process contradictoires et les pressions subies dans le service expliquait la décision de ma hiérarchie de ne pas verser cet incident à mon dossier.
Cet incident m'a poussée à changer de service, où j'ai dû me former sur le tas, en l'absence de module de formation proposé.
Ces années particulièrement éprouvantes m'ont conduite à m'investir syndicalement pour limiter la détérioration des conditions de travail et essayer de préserver la santé de mes collègues et la mienne.